

Dirigeant associé de L&A Immobilier Entreprise, Pierre-Marie Moreau, porte un regard avisé et parfois critique sur les marchés de l’immobilier commercial et du tertiaire. Quand l’un résiste, tant bien que mal, aux affres de la crise, l’autre s’expose inlassablement aux vents du changement, voire de l’instabilité. Explications…
Quelle pensée vous vient immédiatement en tête lorsqu’on vous parle d’immobilier d’entreprise ?
« Le premier réflexe à avoir, c’est de faire le distinguo entre l’immobilier commercial et le tertiaire, plus communément appelé immobilier de bureaux ou immobilier professionnel… Le marché de l’immobilier commercial est en crise à l’échelle du pays. J’ai plaisir à constater qu’à Grand Poitiers et dans l’ensemble du département, la situation est beaucoup moins défavorable. Au final, on peut dire que le marché poitevin est « flat ». Il n’y a ni embellie, ni pénurie d’installations.
Je note par exemple que l’hypercentre poitevin résiste mieux à la fuite des talents, des enseignes et des marques que bon nombre de galeries d’hypermarchés de la périphérie. Je pense notamment au poumon commercial que constitue l’îlot des Cordeliers (*). A l’instant où je vous parle, le seul local qui soit vacant est en cours de commercialisation. La demande est constante, y compris de la part de marques internationales, comme Jack & Jones, prêt-à-porter, ou Lovisa, bijoux et accessoires tendance, qui se sont récemment installées. A titre comparatif, tout à côté, dans la seule rue des Cordeliers, la situation est un peu moins flatteuse, avec quatre magasins vides. »
“ Le monde dans lequel nous vivons a besoin de prises de risques. Les banques elles-mêmes doivent oser...”
Pourquoi ces différences dans un même secteur géographique ?
« Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces déséquilibres : dans certains cas une politique inflationniste des loyers et des prix à la vente, plus fréquemment des durées d’instruction administrative et des temps de rotation qui s’allongent à vue d’oeil. En quelques années, les délais de re-commercialisation sont passés de 3-4 mois à 6-8 mois. C’est trop ! Enfin, je ne saurais parler de frein à l’installation sans mettre en lumière le rôle des banques. Sur les quatre locaux vacants de la rue des Cordeliers évoqués en amont, deux auraient dû trouver preneurs si les organismes de crédit des porteurs de projet n’avaient pas finalement refusé de les financer. Je dis et ne redirai jamais assez que les acteurs du territoire ont besoin d’être mieux soutenus et mieux accompagnés. Le monde dans lequel nous vivons a besoin de prises de risques. Les banques elles-mêmes doivent oser. Risquer, c’est avancer. »
Venons-en à l’immobilier de bureaux. Le marché est-il lui aussi… « flat » ?
« Pas « flat », mais changeant, évolutif. Surtout depuis la période Covid. Avant 2020, le premier critère de choix pour des bureaux, c’était l’emplacement. Le bon endroit sinon rien. Les entreprises, alors, avaient une visibilité longue sur leur activité et leur capacité à se développer. Leurs bureaux, elles les aménageaient elles-mêmes. Après le Covid, cela s’est inversé. Priorité a été donnée aux matériaux de qualité, à l’éco-conception, au modulable, mais également au regroupement et même aux bâtiments partagés. Le bureau au milieu de nulle part, c’est fini ! »
Les bureaux professionnels seraient donc appelés à fonctionner comme des maisons de santé, en mutualisant les moyens et en fédérant les compétences professionnelles ?
« C’est tout à fait cela. Le tout au coeur d’un éco-quartier dans lequel il ferait bon vivre et partager. Cette notion d’éco-quartier ne date pas d’hier mais elle est plus que jamais à la mode. C’est d’ailleurs elle qui a guidé nos pas dans la conception du projet ambitieux que nous menons au Futuroscope. Les travaux devraient débuter au premier trimestre de 2026. A terme, en 2027, sortira de terre un ensemble de 80 000m2, comprenant des bureaux, de 500 à 3000m2, de nombreux logements étudiants, quelques commerces et un hôtel 4 étoiles. Nous misons sur le fait que cette « petite ville dans la grande » devienne un creuset d’unité sociale et, pourquoi pas, de collaborations professionnelles efficientes. »
L’emplacement n’est donc plus une priorité ?
« On y revient quand même. Je le constate depuis une poignée de semaines. Quand on peut avoir sous la main des services, des commerces, des transports, tout en bénéficiant de bureaux répondant à toutes les normes de sécurité, d’environnement, d’accessibilité PMR, ERP…, pourquoi se priver ? Récemment, j’ai commercialisé trois bureaux d’un même niveau, entièrement rénové, d’un immeuble de la rue Gambetta, en plein centre de Poitiers. En termes d’emplacement, quand on mène des activités ne nécessitant pas forcément beaucoup d’espace, c’est difficile de trouver mieux. Mais ce genre de produits, avouons-le, est quand même rare sur le marché ! »
(*) Spécialiste de l’Asset et Property Management, L&A Immobilier Entreprise a pris officiellement en main, à la mi-novembre, la gestion des 50 000m2 de galerie et des enseignes des Cordeliers à Poitiers. C’est la première fois dans l’histoire du centre commercial que cette mission est confiée à un local.